Esquisse d’une Dogmatique (1950)

Voici donc, pour votre connaissance et votre réflexion, quelques extraits provenant de l’un des plus grands théologiens Protestants du XXème siècle: Karl Barth (1886-1968)

Extraits de Esquisse d’une Dogmatique

Karl Barth, Delachaux & Niestlé s.a., Neuchâtel, 1950

I

La tâche de la dogmatique

La dogmatique est la science par laquelle l’Eglise, au niveau des connaissances qu’elle possède, se rend compte à elle-même du contenu de sa prédication.

C’est une discipline critique, c’est-à-dire instaurée selon la norme de l’Ecriture sainte et les données des Confessions de foi.

(…)

L’Ecriture sainte est le document de base qui touche au plus intime de la vie de l’Eglise, le document de l’Epiphanie de la Parole de Dieu en la personne de Jésus-Christ. Hors ce document, nous n’avons rien d’autre, et là où l’Eglise est vivante, elle doit toujours à nouveau se laisser juger elle-même selon ce critère.

(…)

Le dogme est pour nous la reproduction, la restitution par l’Eglise de la Parole de Dieu qui lui a été annoncée.

II

Croire, c’est avoir confiance

La foi chrétienne est le don de la rencontre qui rend les hommes libres d’écouter la Parole de grâce, prononcée par Dieu en Jésus-Christ, de telle manière qu’ils s’en tiennent aux promesses et aux commandements de cette Parole, en dépit de tout, une fois pour toutes, exclusivement et totalement.

(…)

La vie humaine est faite de ce va-et-vient entre l’orgueil et le désespoir, que seule la foi peut éliminer.

(…)

La foi ne concerne pas un secteur particulier de la vie, qu’on appellerait religieux; elle s’applique à l’existence dans sa totalité, l’extérieur comme l’intérieur, le corporel comme le spirituel, les zones sombres comme les zones claires.

III

Croire signifie connaître

La foi chrétienne est l’illumination de la raison qui donne aux hommes la liberté de vivre dans la vérité de Jésus-Christ et, par là même, de connaître à coup sûr le sens de leur vie ainsi que la cause et le but de tout ce qui existe.

IV

Croire, c’est confesser sa foi

La foi chrétienne est la décision qui donne aux hommes la liberté de répondre publiquement de leur confiance en la Parole de Dieu et de leur connaissance de Jésus-Christ, dans le langage de l’Eglise comme dans celui du monde et surtout par des actions et des attitudes conséquentes.

(…)

La foi est l’acte d’obéissance et de décision par lequel l’homme se présente à Dieu comme Dieu l’exige.

(…)

Croire, c’est être appelé à payer de sa personne.

V

Dieu dans les lieux très hauts

Selon l’Ecriture sainte, Dieu est celui qui est présent, vit, agit et se fait connaître à nous par l’œuvre qu’il a décidée et accomplie en Jésus-Christ dans la liberté de son amour, lui l’Unique.

VI
Dieu le Père

Le seul vrai Dieu est par nature et pour l’éternité le Père, origine de son Fils et, uni à Lui, origine du Saint-Esprit. En vertu de cette manière d’être, il est par grâce le Père de tous les hommes, qu’il appelle en son Fils et par le Saint-Esprit à être ses enfants.

VII

Le Dieu tout-puissant

Ce qui distingue la puissance de Dieu de la faiblesse, ce qui l’élève au-dessus de tous les autres pouvoirs et ce qui l’oppose victorieusement à la « force en soi », c’est qu’elle est la puissance du droit découlant de l’amour qu’il a fait éclater en Jésus-Christ. En conséquence, la puissance de Dieu contient, qualifie et délimite tout le domaine du possible et domine absolument l’ensemble du réel.

VIII

Le Dieu créateur

En se faisant homme, Dieu a manifesté et attesté qu’il ne veut pas être uniquement pour soi, ni rester solitaire. Au monde distinct de lui il accorde en propre la réalité, la liberté et une manière d’être. Sa parole est la force qui anime tout être créé. Dieu suscite, maintient et dirige toute créature pour qu’elle manifeste sa gloire, dont l’homme est appelé à être le témoin actif par sa position au centre de la création.

IX
Le ciel et la terre

Le ciel est la partie de la création incompréhensible à l’homme, la terre est celle qu’il peut comprendre. L’homme lui-même est la créature placée à la limite du ciel et de la terre. L’alliance entre Dieu et l’homme donne leur sens et leur but, leur fondement et leur valeur au ciel et à la terre, ainsi qu’à toute créature.

X

Jésus-Christ

L’objet et le centre de la foi chrétienne, c’est la parole identique à l’action par laquelle Dieu, de toute éternité, a décidé pour notre bien de devenir homme en Jésus-Christ, l’est devenu effectivement dans le temps et le restera aux siècles des siècles. L’œuvre du Fils présuppose ainsi celle du Père et implique celle du Saint-Esprit.

(…)

L’œuvre du Fils présuppose celle du Père et implique celle du Saint-Esprit comme conséquence. Le premier article indique l’origine, le troisième le but de notre marche. Le second, lui, est le chemin où il nous est donné de marcher par la foi et qui déroule devant nous l’œuvre de Dieu dans sa plénitude.

XI

Le Sauveur et le Serviteur de Dieu

Le nom de Jésus et son titre, le Christ, désignent la personne et l’œuvre de l’homme, objet de l’élection divine, en qui se trouve manifestée et accomplie la mission prophétique, sacerdotale et royale du peuple d’Israël.

(…)

Il [Israël] est chargé d’annoncer sa parole: c’est sa mission prophétique. En même temps il doit témoigner par toute son existence que Dieu ne se borne pas à parler, mais qu’il intervient, lui-même et se sacrifie: c’est sa mission sacerdotale. Enfin, à travers son impuissance politique, précisément, il doit attester parmi les peuples la souveraineté de Dieu sur tous les hommes: c’est sa mission royale.

XII

Le Fils unique de Dieu

La révélation de Dieu en l’homme Jésus-Christ est contraignante et exclusive, et elle se traduit par une action pleinement salutaire, parce que Jésus-Christ n’est pas un être différent de Dieu, mais le Fils unique du Père, c’est-à-dire le Dieu vivant lui-même, sa grâce, sa vérité et sa toute-puissance en personne; comme tel, il est le seul vrai Médiateur entre Dieu et tous les hommes.

XIII

Notre Seigneur

En vertu de son origine divine, l’existence humaine de Jésus-Christ décide souverainement de l’existence de tout homme. Selon le dessein de Dieu, Jésus-Christ est là pour tous et tous se trouvent indissolublement liés à sa personne. Cela, son Eglise est seule à le savoir, et c’est précisément le message qu’elle doit au monde.

XIV

Le mystère et le miracle de Noël

Le fait que Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit et est né de la vierge Marie, met en évidence la caractère réel et historique et l’incarnation, en même temps qu’il rappelle la forme particulière par laquelle cette initiative de la grâce et de la révélation divines se distingue de tous les autres évènements.

XV

Il a souffert

La vie de Jésus-Christ est abaissement et non triomphe. Elle est faite d’échecs et non de succès, de souffrance et non de joie. C’est ainsi qu’elle met en évidence la révolte de l’homme contre Dieu et la colère de Dieu qui en est la conséquence nécessaire. Mais en même temps, elle permet à Dieu de manifester la miséricorde qui lui fait prendre à son compte le déclin de l’homme, c’est-à-dire son abaissement, ses échecs et ses souffrances, afin de l’en délivrer.

XVI

Sous Ponce Pilate

La mention de Ponce Pilate souligne le fait que la vie et la Passion de Jésus-Christ font partie de cette histoire universelle où se déroule aussi notre propre existence.

L’intervention de ce politicien rend effectives et évidentes aussi bien la réalité de la justice divine que la perversion et l’iniquité de l’ordre politique dans le monde.

XVII

Crucifié, mort, enseveli, descendu aux enfers

Dans la mort de Jésus-Christ, Dieu s’est abaissé et s’est offert lui-même pour faire valoir son droit sur l’homme pécheur.

Il l’a fait de telle sorte qu’il a pris la place de cet homme, et s’est chargé une fois pour toutes, pour l’en délivrer, de sa malédiction et de son châtiment, de son passé sans issue et de sa solitude sans espoir.

XVIII

Le troisième jour, il est ressuscité des morts

Par la résurrection de Jésus-Christ, Dieu a élevé l’homme une fois pour toutes et l’a destiné à trouver justice en Lui, contre tous ses ennemis. Libéré, l’homme vit une vie nouvelle où le péché n’est plus devant lui, mais derrière lui, et non seulement le péché, mais aussi la malédiction, la mort, le sépulcre et l’enfer.

XIX

Il est monté au ciel, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant

Le but de l’œuvre accomplie une fois pour toutes par Jésus-Christ est la constitution de l’Eglise, fondée sur la connaissance donnée aux témoins de sa résurrection que la toute-puissance de Dieu et de grâce, manifestées et agissantes en cette œuvre, sont une seule et même chose.

C’est ainsi que la fin de cette œuvre marque du même coup le début des derniers temps, durant lesquels l’Eglise doit annoncer au monde la toute-puissance miséricordieuse de Dieu et sa grâce toute-puissante en Jésus-Christ.

XX

Le retour de Jésus-Christ le Juge

L’Eglise attend ce dont elle se souvient, et elle annonce au monde ce qu’il espère, car Jésus-Christ a créé par sa Parole et par son œuvre soit l’Eglise (et l’Eglise le sait), – soit le monde (et le monde ne le sait pas encore).

C’est lui, but ultime de l’histoire marchant vers sa fin, qui se présente à l’Eglise et au monde pour manifester définitivement la décision intervenue en lui: la grâce et le Royaume de Dieu sont la mesure de l’humanité tout entière et de chaque existence en particulier.

XXI

Je crois au Saint-Esprit

Lorsque les hommes sont unis à Jésus-Christ au point d’avoir la liberté de reconnaître que sa Parole leur a aussi été adressée, que son œuvre a aussi été accomplie pour eux, que son message est aussi leur affaire, bien plus lorsque cette union avec le Christ est si intime qu’elle leur permet d’espérer ce qu’il y a de meilleur pour tous les hommes, il est normal certes d’affirmer que tout cela est expérience et action humaines. Toutefois, les capacités, les décisions, les efforts de l’homme ne sont pour rien dans cet événement, qui dépend entièrement du libre don de Dieu. Dans cet acte de grâce, Dieu est le Saint-Esprit.

XXII

La communauté, son unité, sa sainteté, son universalité

Lorsque, sous l’action du Saint-Esprit, des hommes rencontrent Jésus-Christ et par là même se rencontrent les uns les autres, une communauté chrétienne visible surgit et s’édifie.

Elle est une manifestation du peuple de Dieu, un, saint et universel, et une communion des saints: parce qu’elle ne se laisse gouverner par personne d’autre que par Jésus-Christ, en qui elle est fondée; parce qu’elle veut vivre uniquement dans l’accomplissement de sa mission prophétique; parce qu’elle n’a pas d’autre but en dehors de son espérance, qui lui fixe aussi ses limites.

XXIII

Le pardon des péchés

Le chrétien regarde derrière lui et, en dépit de son péché, reçoit par le Saint-Esprit et le baptême le témoignage de la mort de Jésus-Christ et par là même de sa propre justification.

Sa foi est fondée sur le fait que Dieu lui-même a pris en Jésus-Christ la place de l’homme et a ainsi inconditionnellement la responsabilité de sa destinée.

(…)

Les chrétiens sont les ambassadeurs du Christ.

XXIV

La résurrection du corps et la vie éternelle

Le chrétien regarde en avant et, en dépit de sa mort, reçoit par le Saint-Esprit et la Sainte-Cène le témoignage de la résurrection de Jésus-Christ et par là même de sa propre résurrection.

Sa foi est fondée sur le fait qu’en Jésus-Christ il a été permis à l’homme de prendre la place de Dieu et de participer ainsi, inconditionnellement, à la gloire de son Seigneur.

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